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Il y avait dans ce regard quelque chose d’inquiétant. De ravageur. La noirceur de ses yeux parlait pour tout son être. Des yeux noirs pour une âme noble. Les longues canes maltraitaient les pédales. Et rien ne pouvait l’arrêter. Il avait l’œil d’un homme en colère. Un homme que l’on a voulu enterrer un jour de juin. Un seigneur à la conquête d’un graal olympique. Plus vite. Plus haut. Plus fort. Il venait d’apparaître en haut de cette ultime descente. Et en bas, des larmes lacéraient déjà les joues du clan bleu. Le staff de l’équipe de France, Emilie son épouse, Sylvie sa maman et les irréductibles du Fan club se retenaient encore un peu pour ne pas chialer comme des gosses. Leur champion voulait laver cette humiliation de juin. Il s’est finalement assis sur le toit du monde. Seigneur du cyclisme mondial. Et à jamais dans l’histoire des Jeux. Son terrain de chasse. Alors que les Jeux Olympiques de Pékin se clotureront demain soir, Julien Absalon est le seul Français a conserver un titre conquis à Athènes.
Il rentre dans le cercle fermé des tricolores double champions olympiques. Et alors que le cyclisme sur route revient à nouveau bredouille de l'Olympiade, Absalon se pose en leader du cyclisme à la française. Alors qu'il vient de fêter ses 28 ans (le 16 août) et tout juste deux mois après le naufrage de Val Di sole où il avait abandonné les Mondiaux, Absalon a opéré une vraie révolution. Soixante deux jours où il aura revu tous ses plans. Et Mercredi, lors de la conférence de presse au village olympique, il expliquait : "Forcément il y a de la pression. Mais la motivation a pris le dessus." Depuis plusieurs semaines, des signaux ne cessaient d'indiquer que le véritable Absalon était de retour. Il y eu les Championnats de France mais aussi deux étapes de la Coupe du monde qu'il avala sans trop de problème. Il revint d'ailleurs du Canada avec un moral gonflé à bloc. Mais comment savoir où en était ces diables de suisses qui avaient dominé les Mondiaux italiens et qui avait préféré l'air de Saint Moritz pour préparation. Absalon, lui, arriva lundi dans la ville olympique. Tout va bien jusqu'à jeudi où il commence à perdre pied. Des petits riens. Des choses insignifiantes mais qui tourmente l’homme. Le matin, il fut le seul français à rouler sur un circuit détrempée et extrêmement glissant. Et dans une descente, il prend peur et se couche en travers de la route.
Alors forcément, cet insidieux doute commence à semer le bazar dans sa tête. Emilie n’est pas au village et il appelle son épouse. Elle lui conseille d’en parler à Gérard Brocks, le confident depuis treize saisons. Julien est un roc. Une péninsule qui a pris l’habitude de transformer les ondes négatives en forces positives. La rage, il la transforme en énergie pour gagner. Comme dans la foulée de la défaite des Mondiaux : « C’est finalement un mal pour un bien. J’aimais beaucoup ce maillot mais il engendre beaucoup de pression. Et ça devenait compliqué de le porter.» Bizarrement en 2004, il tombe de haut au Championnat d’Europe et il avouera plus tard : « Si j’avais remporté les Europes, je n’aurais peut – être pas remporté les Jeux Olympiques. » Et là, le scénario est le même. « Ca m’a servi pour rebondir. »
L'histoire n'est pas tout à fait la même pour Peraud. Il y a dix jours,Yvon Miquel, son ancien manager avait confié : "J'ai le sentiment qu'il peut faire un truc. Un truc de gros." Le patriarche Lapierre ne s'est pas beaucoup trompé. Si dans le premier tour, les favoris roulent groupés, le coéquipier d'Absalon dans le team Orbea ne tarde pas à se débarrasser de ses compagnons de route. Il ne craquera jamais. Alors qu'à 30 ans, Jean Chistophe Peraud court toujours après sa première médaille mondiale en individuelle (il a remporté les Mondiaux de relais avec l'équipe de France), il signe la course de sa vie. Sur la ligne "je me suis laissé submerger. Je ne savais plus où j'étais. C'est l'aboutissement de ma carrière même si aujourd'hui, je ne sais pas de quoi demain sera fait. je suis en fin de contrat avec l'équipe Orbea mais aussi avec mon employeur (une filiale d'Areva). Dans la foulée de mon titre national sur la route, j'ai eu des propositions d'équipe pros. Lidée me plaît mais rien n'est fait." Certains se souviendront peut - être de la petite phrase de Gérard Brocks au soir des Mondiaux : "Rien n'est grave. Je sais d'où viennent les problèmes. On se reverra à Pékin dans des conditions différentes." En fin d'aparès midi, Yvon Vauchez, des trémolos dans la voix lâchait : "Hier, j'ai senti qu'il se passait quelque chose. Je n'arrivais pas forcément à la décrire..." Oui, il s'est bien passé quelque chose. Un homme a vaincu l'olympe pour la deuxième fois en quatre ans. Cet homme a passionné la France pour le VTT. Et à bouleversé tout le landerneau. Un autre est sorti de l'ombre. Il a touché son étoile et remis la France à sa vraie place. Julien Absalon et Jean Christophe Peraud sont des géants. Et ils font aujourd'hui partie de la jeune histoire de leur sport. Respect messieurs.
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