A force de se focaliser sur la guerre franco – suisse, on en a oublié qu’un autre homme pouvait surgir. Et que José Hermida nous excuse. Mais il ne faisait pas partie de nos favoris. Sa seule victoire internationale remontait à début mai à Houffalize et aucun signe ne laissait présager une telle démonstration du matador de Llivia. Même si plusieurs pilotes se succédèrent en tête, Kulhavy ou encore Schurter, cette journée ne semblait pouvoir échapper au pilote Merida. Les hommes de tête n’ont pas mis longtemps pour comprendre qu’Absalon avait été écarté sur une chute précoce. A deux tours de l’arrivée, José Hermida pose une première banderille. Ce sera suffisant. Il prend quelques mètres à Jaroslav Kulhavy. Mais le Tchèque, même s’il ne semble pas céder, ne revient pas pour autant sur le pilote ibérique. Absalon, lui, a chuté après deux cent mètres de course. Et se bat avec un doigt cassé. Schurter crèvera deux fois sur le piégeux circuit du Mont Sainte Anne. Champion du monde espoirs en 2000, José Hermida tournait autour du titre suprême depuis ses débuts. En conférence de presse, il tombe le masque du pilote fantasque. Et laisse place à un garçon sensible. L’homme, qui s’est taillé une moustache mexicaine, est au bord des larmes : « Ca fait dix ans que je l’attends. L’an dernier, je n’étais pas passé loin. Cette fois, c’est mon jour. A la fin, je me disais que le titre ne pouvait pas m’échapper. C’est comme un rêve. Je savais que sur ce circuit comme ça, il valait mieux être devant tout de suite. Je crois que je vais mettre cinq mois à m’en remettre tellement que l’on va faire la fête. » Il y a 14 ans, Hermida devenait le premier champion du monde espagnol. Aujourd’hui, il est le premier ibère à enfiler le maillot irisé des élites. Mais ce championnat du monde marque également une cassure. Kulhavy et Stander fêtent leur premier podium à ce niveau. Depuis 2003, c’est la première fois qu’aucun Suisse ne monte sur le podium. Et même si un trentenaire est aujourd’hui champion du monde, Kulhavy (25 ans), Stander (24 ans) incarnent une autre génération. De nouvelles nations prennent peu à peu place sur l’échiquier. Et la France, qui doit se contenter de placer tous ses hommes dans le top vingt, devra s’adapter à cette nouvelle donne.
Photos www.sebastienboue.com
|