 Un monde d'écart. Hier, un monde séparait les trois sélectionnés olympiques au reste du peloton vététiste français. A Un mois des Jeux, on ne reverra plus beaucoup Absalon, Peraud et Ravanel sur le territoire français. Il était donc intéressant de constater la forme de chacun.
Pour Julien Absalon, ce championnat de France avait quelque chose de particulier. Même s'il domine l'épreuve tricolore depuis 2003 (il avait aussi remporté les éditions 2001 et 2002 en espoirs), il ne voulait pas négliger ce moment. Pas cette année. Surtout ne pas louper ce rendez – vous à un mois de l’échéance olympique : «Je n’avais jamais eu de période de doute durant les sept dernières années. J’avais pris l’habitude d’aborder le championnat assez serein et là, c’était différent. »
Depuis 2003, le vététiste de l’équipe Orbea s’est fait une spécialité de remporter le titre national. « Sans mon maillot de champion du monde, j’avais l’impression d’être tout nu » avait-il confié à l'Equipe dans son édition d'hier. Finalement, le Vosgien ne sera pas resté dépoilé bien longtemps. Un mois après l’échec de Val Di Sole, il régnait une chaleur étouffante un peu similaire à celle trouvée en Italie et sur ce circuit difficile, la bataille risquait d'être ardue entre les prétendants au sacre.. Entre un Peraud qui rêvait d'un deuxième maillot bleu - blanc - rouge (après celui des élites 2 fin juin) et un Ravanel transcendé par le titre de sa compagne (lire par ailleurs), il risquait d'y avoir du spetacle. D'autant plus que les épreuves précédentes avaient donné lieu à pas mal de mouvement.
Depuis la perte de son titre mondial, Absalon a parcouru un bout de chemin. L’homme n’est plus le même, la déception a été digérée: « J’ai même envie de dire, par rapport aux Orres, que ce n’est plus le même Julien. Il a remis les écarts avec les autres nationaux. Il a su gérer la course et il a retrouvé la légèreté dans le pédalage » commentait Yvon Vauchez, le sélectionneur national en cross-country. Jamais le champion olympique n’a semblé en difficultés sur les cinq tours d’un circuit : « où il y avait finalement peu d’endroits décisifs.» Dans les premiers kilomètres, les deux compères de l’équipe Orbea, Absalon et Peraud s’isolent en tête. Sans se chercher d’excuse, Cédric Ravanel qui prendra la troisième place expliquait: «Avec la course de Cécile (Rode – Ravanel son épouse qui a remporté le titre femmes), je ne me suis quasiment pas échauffé. J’ai même cramé pas mal d’énergie.» Mais dès les premiers kilomètres de course, c'est bien le Champion de France des élites 2 qui parvient même à déstabiliser son leader : « Jean Christophe (Peraud, son coéquipier) m’a fait douter en début de course. Sur ce circuit rapide, c’était assez difficile de faire la différence. Jean-Christophe est un bon routier et il connaît parfaitement la tactique de course. Je ne voulais pas me faire avoir comme ça. » Et Peraud de répondre : «Je n’ai pas pris un relais, il était bien plus fort que moi. Je me suis fait la peau, je savais bien que Julien ne me laisserait pas le titre comme ça. Je me suis un peu accroché aux branches et je termine à la deuxième place tout de même.»
Ravanel termine sur le podium pour la troisième année consécutive. Champion de France pour la sixième année d’affilée, Julien Absalon ne boudait pas son plaisir : «Ça faisait quatre années que j’avais ce titre et je ne pouvais pas porter ce maillot. Ca a toujours un petit côté sympa de rester invaincu en France. En plus, ce titre a forcément une saveur particulière avec tout ce que je viens de vivre. Le parcours était très glissant, je n’ai même pas pris un bon départ. J’ai eu de bonnes sensations en montée et j’ai retrouvé mon pilotage en descente. C’est ce que je retiens. Je suis satisfait de mes deux dernières semaines. Mes pulsations montent bien. Et j’ai retrouvé le niveau de mon début de saison. J’ai retrouvé la fluidité dans le pilotage. Avec ce titre de champion de France, la préparation est bien lancée. » Pierre Geoffroy Plantet s'est aussi fait plaisir. Le Normand, élève ingénieur et actuellement en stage chez Michelin, signe la meilleure performance de sa carrière en prenant la quatrième place.
L'an prochain, s'il parvient à jouer durablement le "quatrième homme" il pourrait bien intégrer l'équipe de France d'Yvon Vauchez.. Olivier Maignan, après une saison 2007 difficile prend la 5e place. Absalon et Ravanel prennent désormais la direction du Canada pour deux étapes de la Coupe du monde : « Ca serait bien maintenant de faire un coup sur une des deux manches canadiennes. Je ne dirais pas non si je récupère un autre maillot (celui de leader de la Coupe du monde)» soufflait le champion olympique. Si les Jeux restent l'objectif premier de la saison, Absalon a choisi de rejoindre le Canada pour "se confronter aux pilotes internationaux." Avec bien entendu, dans un coin de la tête, une quatrième victoire au classement général de la Coupe du monde : "Ca sera serré mais jouable...". Place au nouveau monde.
Photos Julien BARETY et Albert BLOT pour www.universalbikeracing.com
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